La date du 25 juin me ramène brutalement à la réalité, je continue de vivre le cauchemar, ce long et interminable cauchemar.
Ton ombre est là. Je te vois ressurgir, l'index pointé, tel un reproche!
Depuis 1998 , je pleure ton absence, et envahie par ton souvenir je pleure de plus belle . Je ne peux réprimer mes larmes, elles coulent comme d'une source intarissable
Neuf ans de mystère ,de suspicion , de doute et même de compromission sur ton assassinat, je n'arrive pas à oublier l'inoubliable.
Marquée irrémédiablement par le sceau de ta disparition tragique, je ne vois pas le temps qui passe m'apporter le baume apaisant mes plaies.Je porte toujours en moi la cicatrice de cette douleur inaltérable.
Omniprésent dans ma vie , pas un jour ne se lève sans que je pense à toi, je parcours comme dans un pélérinage les lieux que tu as fréquentés, sur la trace de tes pas, comme pour te rattraper. Ma course demeure vaine.
Tantôt, je te vois comme encore vivant, je raconte tes blagues , tes farces, j'admire ta générosité et ta colère; tantôt, je reviens à la réalité, je te vois mort , sans réaction, ce qui me surprend de toi. Je vis alors dans un contraste , un paradoxe et même une ambivalence. Ce pourrait être une ambivalence psychotique!
Je priais et quémandais le père du ciel pour qu'il me rende sur terre mon frère de combat . Sans écho! Personne à l'horizon!Je ne vois pas Matoub revenir . Ce n'était qu'un rêve!
Peu à peu mes espoirs s'amenuisent , dès lors que je perds l'illusion de l'éternité.
La main du diable a frappé . Elle l'atteint .Il tombe sans plier.
Effondrée par la nouvelle, affectée par la mort de ce compagnon de lutte et emportée par l'élan de sa voix, j'entonne: "Aghlid ay adrar felli"
Sans lui , la vie est triste . Adieu l'artiste.
Paris, juin 2007
M Domrane